Démystifions Orellana
Suite aux congés de Pâques, j’avais planifié une session halieutique familiale assez correcte, puisque mon objectif initial s’était porté sur 12 jours non-stop sur le lac d’Orellana en plein cœur de la région d’Extremadure.
Des contraintes administratives rencontrées pour les immatriculations des bateaux et une météo très peu clémente pour la saison m’auront finalement fait écourter de moitié, cette session espagnole hors norme.
Orellana est très grand, relativement beau sans être non plus tout-à-fait exceptionnel. Pour se faire une idée plus précise, je dirais plutôt que son paysage ressemble plus à BEO ou à Raduta qu’à des lacs tels Cassien, Orient, le Salagou ou encore le Der (du moins, pour la partie du Vieux Der).
Très rapidement, on s’aperçoit que tout y est sec et aride et que la végétation résiste tant bien que mal aux périodes caniculaires, et ce, plus de la moitié de l’année.
De prime abord, tout y est rude et difficile, et malgré un chômage très important, cette région ne semble pas avoir compris l’intérêt de s’ouvrir au tourisme.
Ainsi, les locaux sont assez renfermés sur eux-mêmes, les magasins de moyenne importance sont très peu nombreux, les formalités administratives très pénibles pour ne pas dire archi-compliquées, et « last but not least », il est très difficile d’y trouver quelqu’un pouvant balbutier quelques mots de français ou d’anglais, ce qui freine bien entendu pas mal de touristes pêcheurs ou autres « addicts » de sports nautiques, et qui par conséquent, contribue à en faire une région qui régresse par rapport aux autres provinces espagnoles.
De plus, là aussi, certaines règles élémentaires de civisme ou de protection de l’environnement y font défaut, comme l’illustre très bien la photo ci-dessous (cfr. : «abandons» au pied du panneau…)

La vue complète du lac et 2 des chemins d’accès via Orellana de la Sierra…

Vu les complications administratives que m'avaient imposées les autorités espagnoles (passage par Ciudad Real pour obtenir les immatriculations bateaux), je n'étais finalement en place que le lundi 02/04 au soir. Toutefois, éreintés par le voyage de plus de 2000kms et un point de chute trop facile d’accès pour les locaux et la Guardia Civil, j'avais décidé de ne pas pêcher la 1ère nuit et de juste gonfler l’ABL pour se reposer, en attendant de trouver un poste plus charmeur le lendemain matin. Vers 20h00, mon camion et ma remorque vidés, tout était enfin planqué en lieu sûr, dans le village voisin de « Navalvillar de la Pela », grâce à Olivier, guide de pêche « carna », installé sur place depuis près de 4 ans.
Au petit matin du mardi, l’aventure pouvait enfin débuter…
La 1ère mission consistait donc à trouver un poste intéressant sur cette immense étendue d’eau de plus de 5000ha, et la seconde de nous permettre d’éparpiller confortablement nos 9 cannes (3 par pêcheur) sur une zone présentant un possible intérêt théorique.
Après 4 heures de recherche, le campement fut établi sur une belle avancée, juste derrière 2 petites îles, lesquelles permettaient d’amortir le vent fort et froid qui avait rafraichi l’eau en une nuit à peine, la faisant chuter de 15° à 13,2°.
Au-dessus de notre poste, une superbe villa, aussi appelée par les locaux la « Casa grande »…

Le spot choisi laissait présager de bonnes possibilités en terme de pêche, et ce spécialement si le temps se mettait au beau, car avec des températures d’à peine 13° dans l’eau, j’avais imaginé que les carpes allaient venir très rapidement se réchauffer sur des profondeurs peu profondes dès que le soleil allait pointer le bout de son nez.
Hélas, j’avais tout faux, car du mardi au samedi, nous fûmes contraint de rester scotché dans notre ABL gonflable, tant la météo fut mauvaise avec des vents de plus de 40km/h, de la pluie constamment, des orages et même de la grêle ! « Et viva Espana »
Imaginez un peu la situation, nous les p’tits belges impatients de retrouver le Sud pour humer le soleil espagnol et parfaire notre bronzage ! Nous étions loin du compte…
Finalement, nous dûmes attendre le dimanche et lundi pour apprécier un temps plus clément et plus conforme à l’endroit. Les conditions difficiles des jours précédents faisaient maintenant place à une mer d’huile et à des températures oscillant entre 22 et 25° avec plus de 18,5° dans l’eau.
Ce Hot Spot théorique (39° 0'12.72"N - 5°28'20.31"O) nous donnait aussi l’occasion de scruter le moindre signe d’activité puisque le vent était complètement absent et que notre poste avancé nous ouvrait le lac sur facilement 180º.
Un panorama de près de 900 hectares d’eau associé à un vent pratiquement nul, ne permis toutefois pas de déceler la moindre action ou quelconque signe d’un poisson, toutes espèces confondues… Pas le moindre signe de vie. A croire qu’aucun blanc ne peuplait cette zone !

Tant les brochets que les Bass restaient gueule fermée pendant pratiquement toute la semaine ! Allez comprendre, alors qu’il y a quelques années encore, les scores « carnas » étaient encore légions?
La position exacte ainsi que la localisation des haut fonds et structures intéressantes…

En outre, Olivier me confirma qu’une furonculose et un fort courant d’eau froide lâché en amont du lac semblait être à l’origine du peu de résultats en terme de « carnas ».
Très inquiétant était aussi l’absence totale de la moindre écrevisse, alors qu’en temps normal elle fait l’objet de pêche intensive par les autochtones.
Mon obstination sur les quelques « carnas » aperçus dans cette eau claire, fut quand même récompensée par la prise d’un petit black-bass, lequel vint tester le douillet plastifié d’un de mes « shads »…

Comme illustré dans la vue ci-dessous, j’avais disposé mes 9 cannes dans une zone immense à moins de 200m du bord sur près de 600m de large, en écartant au plus possible mes montages. Ces multiples têtes chercheuses exploitaient toutes les profondeurs qui s’ouvraient devant moi. J’avais aussi 2 magnifiques plateaux situés face au poste, ce qui me permettait de couvrir des profondeurs allant de 1 M à 14 M (attention : niveaux variables en fonction des saisons).
Heureusement, la pêche à Pâques, c’est aussi l’occasion de se retrouver en famille au bord de l’eau …


Comme la pêche était vraiment difficile, j’essayais encore de laisser immerger 2 montages pendant plus de 48h d’affilée, escomptant ainsi un délavement de mes appâts afin de répondre aux plus méfiantes, mais la mort dans l’âme, à chaque remontée de lignes tout était nickel.
Toute ma panoplie y passa. Ainsi, si les diverses graines ayant pour nom, maïs, cacahuètes, tigers (chufas), ou même Habas (gros haricots) n’avaient aucun effet sur mes compagnes de jeux habituels, je n’avais pas plus d’écho par le biais de mes bonnes boules fruitées épicées à la cannelle, ni encore avec mes carnées, poivre de Cayenne. Pas la moindre trace apparente de grignotement. Tout était propre et nickel à chaque relevé !
Aussi, pendant 2 journées « tests », je pris aussi soin de ne point sortir le zodiac, en me disant que l’absence de bruits ou mouvements de surface pouvaient par contre inciter les plus craintives à se rapprocher et venir apprécier les hauts fonds réchauffés à plus de 18°. Rien n’y fit !
Comme, j’avais déjà effectué 5 journées complètes (j’avais juste pris soin de retirer les lignes la nuit suivant mon contrôle par la Guardia), sans succès et que mes traces d’amorçages, visibles depuis le bateau jusqu’à des profondeurs de 4M50, restaient totalement inconsidérées par d’éventuels poissons en maraude, et qu’en sus, la météo annoncée pour le mardi se dégradait à nouveau, nous prîmes finalement la décision de lever le camp 3 jours plus tôt.
Les officiers de la Guardia qui s’en retournent après m’avoir contrôlé, …

« A quelque chose malheur est bon » puisque le chemin du retour me donna l’occasion d’apprécier la beauté et la grandeur des lacs landais (Mimizan, Cazaux, Biscarrosse,…) sur lequel je pris quelques « touches » pour le futur…
Cette première expérience sur l’immense étendue d’eau d’Orellana m’a toutefois permis de tirer quelques enseignements très utiles qui pourront m’aider à l’aborder d’une façon différente dans les mois et années futurs.
Afin de vous faire profiter de cette expérience et vous éviter des déboires si vous comptez vous y rendre à l’avenir, je vous conseille les choses suivantes :
1. Prenez la précaution de demander l’immatriculation de vos bateaux par recommandé (ou via un guide sur place, et ce, au moins 4 à 5 mois avant votre départ.
2. Veillez à ce que ceux-ci soient rigoureusement complétés et en ordre car pour un rien, vos autorisations seront refusées et tout le processus sera retardé et vous générera des frais et un retard non négligeant. Personnellement, les autorités de Ciudad Real m’avaient refusé les d’extraits légaux et officiels délivrés via l’EID (lecteur électronique des cartes d’identités délivrant des copies conformes de cartes d’identité), et cela m’a obligé à un détour de près de 300kms en leurs bureaux, afin de me procurer les précieux sésames.
3. Attention aussi, si vous immatriculez plusieurs bateaux, car un moteur déclaré pour une embarcation ne peut être déplacé sur une autre. Ainsi, juste avant mon départ, j’avais finalement pensé à ne plus prendre ma toute nouvelle barque Smartliner 150 afin de m’alléger pour ce long voyage de près de 4000km aller-retour, et donc ne plus prendre que mon zodiac avec moteur 4T ainsi que mon électrique de 80lbs. Mais mon guide sur place m’a fortement déconseillé de le faire car la « guardia » est extrêmement pointilleuse et regardante. J’ai d’ailleurs eu leur visite en plein milieu de ma 4ème journée sur place, et à tout moment, vous pouvez les voir vous tomber dessus, que ce soit en zodiacs, en 4x4, à pieds ou même en motos (infos reçues de mon guide local).
4. Veillez à prendre 1 pancarte en bois ou plastique solide de fond blanc obligatoirement (1 par embarcation) que vous fixerez sur l’avant droit de celle-ci (la guardia m’a reproché de l’avoir fixée en plein centre de la proue !). Sur celle-ci, vous viendrez apposer (ex : autocollants noirs ou peinture noire) les lettres de votre immatriculation bateau selon des mesures clairement décrites à la page 2 de vos documents d’immatriculations (à savoir 20 cm de haut sur 30cms de large)
5. Arrangez-vous pour obtenir vos permis de pêche (valables toute l’année moyennant 4,80 euros l’an par personne pour 3 cannes) via un guide ou un contact local dans une banque « Caja Rural de Extremadura » ou alors prévoyez quelques heures de perdues, lors de votre arrivée sur place afin de les obtenir par vous-même.
6. Le mieux, pour pêcher tranquille est d’éviter de laisser votre véhicule « trainer » le long du lac sans surveillance, car toujours selon mon guide local toujours, vous êtes quand même au sud de l’Espagne et les vols même pour un poste radio à 30 euros sont vite arrivés ! Selon lui encore, 3 jours sans surveillance et votre véhicule est dépouillé s’il présente un peu d’intérêt. Le mieux, selon moi, est probablement de planquer son véhicule auprès d’un contact local, en « graissant » un peu la patte et en vivant en autarcie pendant au moins 7 à 8 jours (boissons et nourriture s’entend).
7. A l’opposé de ce que j’ai toutefois essayé lors de ce 1èr séjour, prévoyez de pêcher mobile. Essayez donc de changer 3 à 4 fois de spot par période de 10 jours car le lac est très grand et les carpes bien qu’annoncées très, très grosses (>37kgs) sont néanmoins très peu nombreuses et regroupées dans certaines zones exclusivement, et ce à certaines périodes. J’en ai fait les frais en tablant plutôt sur une mouvance de celles-ci vers des zones plus chaudes et donc plus propices en bordure, mais je me suis planté !
8. La réglementation interdit de circuler avec les embarcations en amont du pont de Cogolludo, et donc la zone autorisée démarre de ce pont vers l’aval, c.à.d. en direction du barrage.
9. Ne vous tracassez pas pour le paiement des frais relatifs aux immatriculations « bateaux », car selon mon guide, ces frais vous sont transmis plusieurs semaines ou mois plus tard à votre domicile. Effectivement, jusqu'à ce jour, soit près de 4 mois plus tard, rien ne m’a été réclamé. Toutefois, selon mes sources cela arrivera tôt ou tard, mais la somme ne devrait pas excéder 50 euros par bateau.
10. Veillez à vous poster sur des zones tranquilles et plus difficiles d’accès pour les locaux ou autres, mais sachez que, quel que soit l’endroit choisi, vous risquerez toujours des ennuis en cas de pêche nocturne ou de camping sauvage. Je pense avoir réussi à éviter une « prune » pour camping sauvage, bien que le moins conciliant des 2 zigs de la « Guardia » a mitraillé mon campement et mes bateaux de photos et m’a répété par 3 fois «Camping prohibido»… J’ai fait l’innocent et par 3 fois, je lui ai répondu « no comprendo »!
11. Évitez les îles, car là aussi, ils peuvent aussi devenir moins conciliants. Logiquement, la réglementation prévoit même qu’on ne peut s’en approcher à moins de 100m, mais au vu des pêcheurs de « carnas », il m’a semblé qu’ils n’y prêtaient pas attention.
12. Question magasins, vous trouverez quelques petits « Dia » ou superettes locales à Orellana de la Sierra et à Navalvillar de Pela, un super « Dia » plus important à Talarrubias (± 37kms) et un « Carrefour » à Don Benito (± 45kms).
13. Si vous prévoyez d’atteindre le pont de Cogolludo via un chemin carrossable (long de 15 à 20kms toutefois), armez-vous de patience car le chemin, bien que carrossable est néanmoins très « secouant ».

14. « Last but not least », prévoyez un budget aller-retour de 800 euros en frais de péage, Diesel, et 2 nuits à l’hôtel pour scinder le voyage en 2 étapes tant à l’aller qu’au retour. En conséquence, y aller à deux devient déjà nettement plus abordable.
Photo prise à partir du « camino » menant après plusieurs kms de secouement au pont de Cogolludo… lequel se trouve juste après le gros rocher illustré à droite sur la photo…

Cette vue illustre la partie (à gauche) non-navigable…

Ferre_sec (Thierry Peeterbroek)
Publié par Ferre_sec le 15-01-2013